J'ai écrit ce texte après avoir appris que J-Y Coquelin, le principal responsable administratif de ma fac, démissionne de ses fonctions.
Etre ou ne pas être. Bonne question, William.
La Grèce antique, Rome, le théâtre médiéval, la comedia, le théâtre classique...et puis nous.
Mardi 6 décembre 2005, 16h55. Ce matin une très triste nouvelle surgit de nulle part et me tombe sur la tête. Le grand patron s’en va. Il est fatigué. Il est épuisé. Il écrit un texte dont les derniers mots sont pour nous, les étudiants. Là, j’ai envie de pleurer. Je ne connais pas beaucoup cet homme, mais il était le représentant, la voix, le poing tendu d’un petit peuple dont je fais partie : la section théâtre de l’université Bordeaux3 Michel de Montaigne. Et ce petit peuple voit un de ses concitoyens s’en aller. Anne nous dit « ne soyez pas trop tristes ». Moi je vais vous dire pourquoi je suis si triste.
Quand j’étais petit, je voulais devenir jardinier-violoniste. « Pourquoi pas ? », disait ma mère.
Et me voilà embarqué dans le rêve de charmer les roses avec mon archet. Et puis la vie suit son chemin, je grandis et mes parents se séparent. Petit rêve, rêve déchu. Pour nous éloigner de tout ça, ma mère nous emmène ma sœur, mon frère et moi à l’autre bout du monde, là où le cinéma, l’opéra, le théâtre n’existent pas.
Les années passent, et je rentre en première L à Périgueux. J’ai 14 ans. Une bizarrerie comme une autre, après tout. Ma mère m’emmène au théâtre. J’y prends goût. Au lycée, je rentre en option facultative puis en option lourde, et j’atterris en DEUST option théâtre à Bordeaux3. Tiens, ça existe, ça, la fac de théâtre ? Eh ben oui. Mais c'est pas un métier, pourquoi tu fais ça?
Aucune idée. Et puis je rencontre des hommes, des femmes, enseignants, professionnels ou étudiants. Certains deviennent des amis comme celui avec qui je voudrais voler, d'autres me font venir ici pour les écouter et partager avec eux un peu de leur théâtre et de leur humanité. Petit à petit, je me rends compte que le théâtre est vraiment le métier que je veux faire. C'est avec lui que je veux gagner ma vie, mais c'est aussi avec lui que je peux donner un sens à ma vie.
Depuis quelques mois, je sais que le théâtre est vital pour moi. Sans la fac, je suis très seul: je n'ai pas de vie sociale, mes amis et une partie de ma famille sont loins de moi. Il me reste vous,
la musique et le théâtre. Alors, je m'engage dans la pièce de Régine, j'assiste aux cours avec enthousiasme, et surtout j'écris.
J'écris des chansons, des poèmes, un roman, un monologue et un spectacle que j'éspère monter plus tard. Je note tout ce qui peut m'être utile, je pense sans cesse à ce que je pourrais explorer, créer, montrer, jouer, chanter, danser. Bordeaux3 et ses "Arts du spectacle", c'est ma vie.
Alors, quand la clé de voûte de ce monde s'effrite et vacille sous le poids des autres pierres, je m'effrite aussi. Jean-Yves, ces mots sont d'abord pour toi. Le courage, la force et la ténacité dont tu as fais preuve pendant toutes ces années pour construire notre avenir, n'auront pas été vains. Voilà, mes mots s'arrêtent ici. Je n'oublierai jamais le dévouement de chaque homme et de chaque femme travaillant pour nous que tu représentais.
Ah oui, j'oubliais: je vous aime.